Delphine DE CANECAUDE

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Elevée par une femme entrepreneure qui prend son destin en main dans les années 90, Delphine de Canecaude voit, dès son plus jeune âge, sa mère rentrer tard, se bagarrer, prendre des risques, ce n’est pas encore l’époque du yoga et du well being, précise-t-elle, et développer son entreprise. De cette mère corse et d’origine pied-noir, elle apprend une détermination à toute épreuve, le sens de l’effort, ne pas se plaindre, ne pas compter ses heures. Mais à cet exemple, elle ajoute ce qu’elle aime la peinture, la photo, s’inscrit aux Beaux-Arts. Pas vraiment pour être artiste car elle fait mille pas de côté dès le début, mais pour changer de point de vue, aborder à sa manière la relation de l’art et du commerce. Elle réalise des courts-métrages au San Francisco Art Institute, travaille pour les éditions Assouline, Saint Laurent Couture, contracte le virus de la mode et du luxe. Elle répond à une annonce pour créer un musée à Angoulême et fonde son agence Etoile Rouge. A toutes ses initiatives, elle injecte ses références personnelles, comme le couple mythique Patti Smith & Robert Mapplethorpe et tout ce qu’il raconte sur l’amour, le genre, New York, A Star is Born, celui de George Cukor, les lumières de James Turrell, les photos de Jurgen Teller et bien d’autres encore. Elle sait que les icônes de la pop culture détiennent des clés d’inspiration essentielles pour les stratégies de marque, des messages et des histoires capables de susciter des campagnes puissantes. Raison pour laquelle elle fonde The Red List en 2012, un site dédié aux arts visuels, leur histoire, leur actualité, leurs liens, qui associe les références avec efficacité et profondeur. 600 000 followers plus tard, elle revendique cette énergie transdisciplinaire et cette nécessité de toujours plus cultiver le monde du luxe, de la mode et de la beauté.

Pour ses trois enfants, elle rêve d’indépendance, de cette détermination qu’elle incarne au quotidien depuis leur naissance, de cette façon d’être là tout en étant sur le pont, tout en espérant que leur structure intellectuelle les mènera encore plus loin mais pense-t-elle que ce sera plus dur pour ses filles que pour son fils ? Elle ne croit pas car si elle en juge par son parcours, ses difficultés, elle les doit plutôt à ses propres insuffisances qu’à son sexe. Les femmes ne sont pas toujours honnêtes à ce sujet, confie-t-elle en sachant que l’époque prône l’inverse.

Sans doute parce qu’elle a toujours été indépendante mais aussi parce que le monde est brutal pour tous ; qu’homme ou femme, il faut affronter cette rudesse et, quand on est entrepreneur, qui qu’on soit, on doit savoir diriger sans dominer, exiger sans malmener.